Journée de travail, ou journée au travail ?

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Février 25, 2019
It's story time !

Je vais vous raconter une petite histoire, en écho à cet article qui explique qu'un employé anglais ne travaille en moyenne que 2h53 par jour.

Contexte : j'étais dans mon entreprise depuis 3 ans. Chef de projet technique, je manageais une équipe de 4 développeurs sur le même projet depuis 2 ans et demi.
Nous travaillions en SCRUM, et notre vélocité oscillait entre 37 points et 42 points par sprint. Elle était donc assez stable.
Mon équipe travaillait, elle, 8h par jour. De 9h30 à 12h, et de 13h à 18h30.
Nous partagions un grand openspace avec 2 autres équipes. Openspace d'environ 60/70m² où nous étions 16/18 selon les jours (autant vous dire qu'on se marchait dessus, et qu'on avait très souvent le casque sur les oreilles).

Sauf que voilà, un jour, on a dû changer de locaux. Comme on était sur un projet un peu à part, et comme la place manquait, on s'est retrouvés dans un bâtiment à l'écart.
Mais on était bien mieux ! Openspace de 70/80m² juste pour notre équipe de 8 (avec le nouveau manager et la personne du marketing qui nous ont rejoint).
Une salle de réunion rien qu'à nous (elle n'était pas sur le système info, et on la réservait avec des post-its).
Et la salle CE à côté de nous, avec la Playstation 4 en libre accès.

Autant vous dire qu'on a pris nos aises.
L'équipe a commencé à faire de plus grosses pauses le midi. A aller jouer à Fifa entre midi et deux. A retourner jour à la console à 18h00 pile.
On a même commencé à jouer au ping pong dans la salle de réunion le midi (vive le filet Artengo). On a même parfois fait du Minecraft, du Don't Starve Together ou du Smash Bros sur la TV de la salle de réunion !
Du coup, l'équipe ne travaillait plus 8h par jour, mais 6h30 (9h30/12h, 14h/18h).

Là vous vous dites : mais merde, tu permettais ça ? Et personne n'est venu gueuler ?
Bien évidemment que si...

Un des directeurs, qu'on n'avait plus vu depuis des mois (un manager intermédiaire avait été installé) est venu nous faire un grand discours sur l'investissement et les horaires (déguisé, comme souvent, en : "je compte sur vous pour partir une fois le travail fait, pas quand la cloche sonne").
On se prenait régulièrement des piques, des remarques, des commentaires d'autres personnes.
Mais le nouveau manager du projet (qui commençait à en avoir marre de notre rythme "pépère" de travail) ne pouvait pas faire grand chose, car nous ne dépendions pas de lui, mais de la direction technique de la société.

Du coup, de mon côté, je laissais faire. Je voulais voir les résultats en chiffres. Voir l'évolution de notre vélocité.
Et puis l'ambiance était largement meilleure. Ne pas être les uns sur les autres. Pouvoir faire de vraies pauses le midi, prendre notre temps...
Egalement, j'avais remarqué que si l'équipe faisait de grosses pauses, en général ils compensaient en bossant à fond une fois la pause terminée.

Du coup, j'ai laissé faire. J'ai observé.

Jusqu'au jour où ma manager a demandé à me voir.
Elle m'a expliqué qu'on renvoyait une mauvaise image, que l'équipe clairement bossait moins qu'avant et qu'ils pouvaient faire bien plus, s'investir plus... etc.
Et là, j'ai sorti les chiffres. En travaillant 1h30 de moins par jour, la vélocité de l'équipe n'avait pas bougé. Elle oscillait toujours entre 37 et 42 points par sprint.
L'équipe était tout aussi productive en travaillant 6h30 par jour, qu'en travaillant 8h par jour !

L'équipe avait même tendance à culpabiliser de prendre de telles pauses, et compensait en travaillant parfois plus longtemps ou plus intensément.

Alors oui, on se dit toujours : si l'équipe arrive à faire tout ça en 6h30, ils peuvent faire plus en 8h.
Ben la preuve que non. L'équipe travaillait en 8h avant, et elle ne produisait pas plus.

Ma manager a finit par accepter mes arguments. Evidemment avec le "si la vélocité baisse, il faudra changer ça".
Mais on a pu continuer l'expérience. Et les résultats étaient toujours là.

D'ailleurs, 1 an plus tard, on est repassés dans un openspace partagé avec d'autres équipes. A l'étage de la direction.
Du coup l'équipe est repassée sur un format de journées de 8h.

Et bien vous savez quoi ? La vélocité n'a, à nouveau, pas bougé.. Toujours 37/42 points.
En repassant à 8h par jour, l'équipe produisait autant qu'avant, en travaillant 6h30 par jour !

Voilà pourquoi je pense vraiment que le cadre, le confort, les règles, les méthodos de travail... sont plus importantes que la durée de travail.
Un cadre sain, assez d'espace pour chacun, un focus sur la qualité, des méthodos carrées et strictes (vrai SCRUM = AC, DoR et DoD) et des petites journées... seront, pour moi, plus efficaces sur le rendement long terme. Bien plus que de forcer l'équipe à travailler 45/50h par semaine.
Car qui dit pression et mauvais cadre de travail, dit turn-over, fatigue, lassitude, maladies, ... et bugs ! Je vous rappelle qu'au delà de 40h par semaine, on produit plus de bugs que de code utile !

On a trop souvent tendance à se concentrer sur les heures. Sur le rendement par heure. Sur le temps passé derrière un écran (quitte à somnoler en mode "il me reste 1 heure à tirer"...) ou dans les locaux (coucou les gens qui font des pauses aux toilettes !).

Après tout, l'objectif d'une entreprise ne devrait-il pas être de créer un environnement de travail tellement cool que les employés se voient y rester jusqu'à leur retraite ?

A réfléchir.